Oui, dit comme ça, venant d’une tatoueuse, ça paraît complètement absurde.
Et pourtant…
Ça m’est déjà arrivé de refuser de tatouer une cliente. Pas souvent, heureusement. Mais ça arrive. Et à chaque fois, je préfère perdre une heure de ma journée plutôt que de vous laisser repartir avec un doute… encré à vie.
Le cas le plus fréquent, c’est celui de la cliente qui n’est pas sûre d’elle. Celle qui hésite entre plusieurs projets, plusieurs emplacements, plusieurs tailles… qui commence à stresser et termine chaque phrase par un petit : « Je sais pas… »
Là, je préfère qu’on s’arrête.
Parce qu’un tatouage, ce n’est pas un tee-shirt qu’on remettra en vente sur Vinted si finalement il ne plaît plus. C’est un projet qui va vous accompagner longtemps. Alors si je sens que vous n’êtes pas convaincue à 100 %, je préfère qu’on prenne le temps. Et avec le recul, la plupart reviennent quelques semaines ou quelques mois plus tard en me disant : « Heureusement que tu m’as fait attendre. »
Je crois qu’on sent ces choses-là. Pas toujours, bien sûr. Mais souvent.
Il m’arrive aussi de dire non pour une autre raison : le feeling.
Alors attention, ça reste rare. Mais je vais passer plusieurs heures avec vous. On va discuter, rigoler, parfois refaire le monde. Si je sens qu’on ne se comprend pas ou que le courant ne passe pas, je préfère être honnête.
Aujourd’hui, il y a énormément de tatoueurs. On a tous un style différent et une personnalité heureusement différente. Alors si dans dix ans vous racontez votre tatouage en disant : « Le tatouage est beau… mais la tatoueuse, je pouvais pas me la voir. »… C’est dommage, non ?
Moi, j’adore quand une cliente vient pour mon travail, mais aussi un peu pour la personne que je suis. Qu’elle ne tourne pas de l’œil au premier gros mot qui sort de ma bouche. Qu’elle ne fasse pas une syncope quand une musique de rap passe dans le shop. (Bon… j’avoue, le rap c’est surtout sur les gros projets. Pour un premier rendez-vous, je reste encore un peu sage).
Pendant longtemps, j’ai essayé d’être la tatoueuse parfaite. Je faisais attention à tout : ce que je disais, ma façon de m’habiller, mon image sur les réseaux… J’ai même porté une blouse parce que la blouse c’est jolie puis ça fait professionnelle.
Spoiler : une blouse n’a pas d’impact sur la qualité du travail !
Au deuxième rendez-vous, les clientes finissaient toujours par rencontrer la vraie Émilie. Celle qui parle beaucoup (beaucoup trop), qui fait des blagues nulles, qui est un peu tête en l’air mais qui adore profondément son métier.
Alors j’ai arrêté de jouer un rôle et j’ai remballé ma blouse…
Aujourd’hui, je préfère que vous sachiez dès le départ qui je suis. Parce que je suis convaincue qu’un bon tatouage, ce n’est pas seulement un joli dessin. C’est aussi un bon moment. Un moment où vous êtes à l’aise. Où moi aussi je le suis. Où on passe quelques heures ensemble sans avoir l’impression que le temps est long.
Alors oui, il m’arrive parfois de dire non.
Simplement parce que je crois qu’un tatouage mérite mieux qu’un doute, qu’une hésitation ou un rendez-vous où personne ne se sent vraiment à sa place.
Et finalement… le meilleur tatouage est parfois celui qu’on décide de ne pas faire. Pas tout de suite, mais au bon moment ♥




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